Aménager et produire les forêts pour la nation

A l’issue de la seconde guerre mondiale, un élan pour restaurer le patrimoine forestier est lancé, face à la constatation – à nouveau – de la pénurie de bois. En 1946, le Fonds forestier national est créé, afin de substituer les peuplements jugés improductifs par des espèces à croissance rapide, de reboiser les terres agricoles, d’améliorer la desserte forestière, de favoriser le regroupement forestier et la modernisation des entreprises de la filière. L’objectif est d’augmenter la disponibilité de la ressource forestière. Produire du bois est considéré par certains comme un devoir patriotique pour produire de la richesse nationale. Le bois est « une matière qui n’appartient pas qu’à son propriétaire, mais un peu à tous », selon R. Lorne, alors directeur régional à l’ONF (Lorne, 1967). Des espèces à croissance rapide comme le douglas et l’épicéa sont installées en plaine et en moyenne montagne, et le peuplier dans les plaines alluviales. Sur cette lancée est créé l’Inventaire Forestier National (1958), et édictée la loi du 6 août 1963 «pour l’amélioration de la production et de la structure foncière des forêts françaises ». La priorité de cette loi est l’aménagement des forêts. En effet, il s’agit d’empêcher les propriétaires de « cueillir tout d’un coup et prématurément, ce qui les ruine à terme et prive le pays d’une production à laquelle il avait droit. D’autres ne cueillent pas assez, ce qui entraîne une dépréciation des produits, enlevés alors qu’ils commencent à se tarer » (Lorne, 1967). Les CRPF (Centres Régionaux de la Propriété Forestière) sont institués pour accompagner la forêt privée. La gestion forestière publique passe en 1966 de l’Administration des Eaux et Forêts à un EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial), l’Office National des Forêts. L’ONF doit aménager les forêts soumises au régime forestier, et les propriétaires privés ayant des forêts de plus de 25 ha doivent établir un Plan Simple de Gestion (PSG) sous contrôle des CRPF. Pour s’assurer du maintien et de l’accroissement de la surface boisée, sont promulguées en complément une loi créant la taxe sur les défrichements (1969), et une loi sur les Espaces Classés Boisés ou espaces boisés à conserver (1973).